Conjonctivite chez le nouveau né : les symptômes, les causes et les traitements proposés


La conjonctivite chez le nouveau-né est une infection oculaire fréquente, pouvant avoir diverses causes. Comprendre ses symptômes, son diagnostic et ses traitements est crucial pour assurer la santé visuelle du bébé et prévenir d’éventuelles complications.

Les causes de la conjonctivite chez le nouveau-né

La conjonctivite chez le nouveau-né est une affection oculaire fréquente pouvant avoir diverses origines. Il est crucial de bien comprendre ces causes pour assurer un diagnostic précis et un traitement approprié.

Infections bactériennes

Les infections bactériennes représentent la cause principale de conjonctivite néonatale. Parmi elles, Chlamydia trachomatis occupe une place prépondérante :

  • Responsable de jusqu’à 40% des cas de conjonctivite chez les nouveau-nés de moins de 4 semaines
  • 2 à 20% des mères sont infectées par Chlamydia
  • 30 à 50% des bébés nés de mères infectées contractent la bactérie
  • Parmi ces nouveau-nés infectés, 25 à 50% développent une conjonctivite

D’autres bactéries sont également impliquées :

  • Streptococcus pneumoniae et Haemophilus influenzae non typables : 30 à 50% des cas
  • Neisseria gonorrhoeae : moins de 1% des cas, mais potentiellement grave

Infections virales

Bien que moins fréquentes que les infections bactériennes, les infections virales peuvent aussi causer une conjonctivite chez le nouveau-né. Les virus impliqués comprennent notamment :

  • Herpès simplex virus (HSV)
  • Adénovirus

Réactions chimiques

La conjonctivite chimique est une réaction inflammatoire non infectieuse, généralement provoquée par les collyres antiseptiques administrés à la naissance pour prévenir les infections oculaires. Elle se manifeste typiquement dans les 6 à 8 heures suivant l’application et se résout spontanément en 2 à 4 jours.

Agents responsables de la conjonctivite chimique

  • Nitrate d’argent (peu utilisé aujourd’hui)
  • Pommade ou collyre à base d’érythromycine
  • Tétracycline
  • Povidone iodée

Il est important de noter que ces substances, à l’exception de la povidone iodée, ne préviennent pas la conjonctivite à Chlamydia. La compréhension de ces différentes causes permet une prise en charge adaptée et efficace de la conjonctivite néonatale.

Symptômes de la conjonctivite chez le nouveau-né

La conjonctivite néonatale se manifeste par divers symptômes qui varient selon l’agent causal. Une observation attentive des signes oculaires permet généralement d’identifier rapidement cette affection chez le nouveau-né, bien que certaines manifestations puissent être plus subtiles.

Symptômes généraux de la conjonctivite néonatale

Indépendamment de la cause, la conjonctivite chez le nouveau-né se caractérise par plusieurs signes communs :

  • Rougeur et inflammation de la conjonctive (membrane qui recouvre le blanc de l’œil et l’intérieur des paupières)
  • Œdème des paupières
  • Écoulement oculaire (aqueux, muqueux ou purulent selon l’étiologie)
  • Larmoiement excessif
  • Paupières collées, particulièrement au réveil

Particularités symptomatiques selon l’agent causal

Conjonctivite bactérienne à Chlamydia trachomatis

Cette forme de conjonctivite, la plus fréquente chez le nouveau-né, présente des symptômes spécifiques :

  • Apparition entre 5 et 14 jours après la naissance (parfois jusqu’à 6 semaines)
  • Inflammation marquée des paupières
  • Écoulement mucopurulent abondant
  • Possible pseudo-membrane sur la conjonctive

Conjonctivite gonococcique (Neisseria gonorrhoeae)

Bien que rare (moins de 1% des cas), cette forme est particulièrement sévère :

  • Début brutal 2 à 5 jours après la naissance
  • Œdème palpébral important et rapide
  • Écoulement purulent abondant et épais
  • Risque de perforation cornéenne en l’absence de traitement

Conjonctivite chimique

Résultant de l’application de collyres prophylactiques, elle se caractérise par :

  • Apparition dans les 6 à 8 heures suivant l’instillation
  • Rougeur oculaire modérée
  • Larmoiement léger
  • Résolution spontanée en 24 à 36 heures

Conjonctivite virale

Moins fréquente chez le nouveau-né, elle présente des signes moins spécifiques :

  • Début progressif
  • Écoulement plutôt aqueux
  • Possible adénopathie pré-auriculaire associée

Évolution des symptômes

La durée et l’intensité des symptômes varient selon l’étiologie. Les conjonctivites bactériennes non traitées peuvent persister plusieurs semaines, tandis que les formes virales et chimiques tendent à se résoudre spontanément en quelques jours. Une surveillance étroite est nécessaire pour prévenir les complications potentielles, notamment dans les cas de conjonctivite gonococcique où le risque de lésions cornéennes est élevé.

Il est crucial de noter que certains nouveau-nés peuvent présenter des symptômes atypiques ou moins prononcés, d’où l’importance d’un examen ophtalmologique systématique dans les premiers jours de vie. La reconnaissance précoce des signes de conjonctivite néonatale permet une prise en charge rapide et adaptée, réduisant ainsi le risque de séquelles oculaires à long terme.

Diagnostic et prévention de la conjonctivite chez le nouveau-né

Le diagnostic précoce et la prévention de la conjonctivite néonatale sont cruciaux pour éviter des complications potentiellement graves chez le nouveau-né. Les méthodes de détection et les mesures prophylactiques ont considérablement évolué ces dernières décennies, permettant une prise en charge plus efficace de cette affection oculaire.

Méthodes de diagnostic

Le diagnostic de la conjonctivite chez le nouveau-né repose sur un examen clinique minutieux et des analyses en laboratoire des sécrétions oculaires. L’ophtalmologiste ou le pédiatre examine attentivement les yeux du nourrisson à la recherche de signes caractéristiques tels que rougeur, œdème des paupières et écoulement purulent. La nature et l’aspect de l’écoulement peuvent orienter vers une étiologie spécifique.

Examens en laboratoire

Des prélèvements des sécrétions conjonctivales sont systématiquement effectués pour analyse microbiologique. Ces échantillons font l’objet de :

  • Examen direct au microscope après coloration de Gram
  • Mise en culture sur milieux spécifiques (gélose au sang, gélose chocolat)
  • Tests d’amplification des acides nucléiques (PCR) pour la détection de Chlamydia trachomatis et Neisseria gonorrhoeae

Mesures préventives

La prévention de la conjonctivite néonatale repose principalement sur l’application systématique d’un collyre antiseptique ou antibiotique dans les yeux du nouveau-né dans les heures suivant la naissance. Cette pratique, appelée prophylaxie de Credé, vise à éliminer les agents pathogènes potentiellement présents dans le canal génital maternel et transmis lors de l’accouchement.

Substances utilisées

En France, la substance recommandée depuis 2010 par le Haut Conseil de la Santé Publique est l’érythromycine en collyre à 0,5%. D’autres pays utilisent :

  • Nitrate d’argent à 1% (historiquement la première substance utilisée)
  • Tétracycline en pommade à 1%
  • Povidone iodée à 2,5%

Chlamydia trachomatis

Cas particuliers

Pour les nouveau-nés de mères présentant une infection à Neisseria gonorrhoeae non traitée, une injection intramusculaire unique de ceftriaxone (50 mg/kg, maximum 125 mg) est recommandée en plus de la prophylaxie oculaire standard. Cette mesure vise à prévenir non seulement la conjonctivite gonococcique, mais aussi d’autres manifestations systémiques de l’infection.

En cas d’infection maternelle à Chlamydia trachomatis diagnostiquée mais non traitée avant l’accouchement, une surveillance étroite du nouveau-né est préconisée. Certains experts recommandent un traitement prophylactique par érythromycine orale pendant 14 jours, bien que cette pratique ne fasse pas l’objet d’un consensus.

Efficacité et limites de la prévention

L’application systématique de collyres antiseptiques ou antibiotiques a permis de réduire considérablement l’incidence de la conjonctivite néonatale, en particulier celle due à Neisseria gonorrhoeae. Cependant, cette prophylaxie présente certaines limites :

  • Efficacité partielle contre Chlamydia trachomatis
  • Risque de conjonctivite chimique transitoire
  • Émergence de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques utilisés

Ces limitations soulignent l’importance d’une approche globale associant dépistage et traitement des infections sexuellement transmissibles chez la femme enceinte, prophylaxie oculaire du nouveau-né, et surveillance clinique attentive dans les premières semaines de vie.

Traitement de la conjonctivite chez le nouveau-né

Le traitement de la conjonctivite chez le nouveau-né varie selon l’agent pathogène responsable de l’infection. Une prise en charge rapide et adaptée est essentielle pour éviter les complications potentiellement graves. Les options thérapeutiques dépendent du diagnostic étiologique établi par l’examen clinique et les analyses de laboratoire.

Traitement antibiotique systémique

Pour la conjonctivite à Chlamydia trachomatis, l’antibiothérapie par voie orale est préconisée :

  • Érythromycine : 50 mg/kg/jour en 4 prises pendant 14 jours
  • Azithromycine : 20 mg/kg/jour en 1 prise pendant 3 jours

Dans le cas d’une infection à Neisseria gonorrhoeae, une hospitalisation est nécessaire pour administrer un traitement par voie parentérale :

  • Ceftriaxone : 25-50 mg/kg en dose unique (maximum 125 mg)
  • Céfotaxime : 100 mg/kg en dose unique

Traitements topiques

Pour les conjonctivites bactériennes non spécifiques, des pommades antibiotiques sont appliquées localement :

  • Pommade à la polymyxine B + bacitracine : 4 fois par jour pendant 7 jours
  • Pommade à l’érythromycine 0,5% : 4 fois par jour pendant 7 jours
  • Pommade à la tétracycline 1% : 4 fois par jour pendant 7 jours

Soins oculaires généraux

En complément du traitement spécifique, des mesures d’hygiène sont essentielles :

  • Nettoyage régulier des yeux avec du sérum physiologique stérile
  • Retrait des sécrétions à l’aide de compresses stériles
  • Lavage soigneux des mains avant et après les soins

Surveillance et suivi

Un contrôle ophtalmologique est recommandé 48 à 72 heures après le début du traitement pour évaluer son efficacité. En l’absence d’amélioration, une réévaluation diagnostique et thérapeutique s’impose. Un suivi prolongé peut être nécessaire dans certains cas, notamment pour les infections à Chlamydia ou à gonocoque, afin de dépister d’éventuelles complications tardives.

L’essentiel à retenir sur la conjonctivite chez le nouveau-né

La conjonctivite néonatale reste un défi médical malgré les progrès en prévention et traitement. L’évolution des pratiques préventives et thérapeutiques vise à réduire son incidence et améliorer sa prise en charge. La recherche continue pour développer de nouvelles solutions adaptées aux spécificités des nouveau-nés et aux résistances bactériennes émergentes.

Questions en rapport avec le sujet

Comment soigner la conjonctivite d’un nouveau-né ?

Laver les yeux de votre bébé plusieurs fois par jour avec du sérum physiologique et une compresse propre. Lui mettre des moufles s’il est tout petit, pour éviter qu’il se gratte et propage son infection d’un oeil à l’autre. Laver ses draps et ses serviettes de toilette tous les jours. Vous laver régulièrement les mains.

Comment traiter conjonctivite nouveau-né ?

Une antibiothérapie orale (amoxicilline-acide clavulanique) est nécessaire en cas de signes systémiques comme un syndrome otite-conjonctivite à Haemophilus influenzae. Les antibiotiques raccourcissent la durée des symptômes mais leur effet à 8 jours n’est pas supérieur à celui d’un placebo (1).

Quand s’inquiéter d’une conjonctivite bébé ?

Avec une compresse propre, vous nettoyez doucement les sécrétions accrochées autour de l’œil. Si votre bébé a l’oeil gonflé par la conjonctivite, ou si la conjonctivite est forte et qu’elle le gêne beaucoup, n’hésitez pas ensuite à consulter un médecin généraliste.

Comment soigner une conjonctivite avec du lait maternel ?

Généralement bénigne avant l’âge de 3 ans, il est important de traiter la conjonctivite. Le lait maternel, avec ses vertus assainissantes, peut être utilisé en appliquant une à deux gouttes par jour pour aider l’œil à combattre l’infection.